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  • Laurent ILBOUDO , doctorant à Paris 1 Panthéon Sorbonne: "Institutions et développement au Burkina Faso"

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Lundi 8 août 2011 1 08 /08 /Août /2011 18:38

Bonjour.

Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog. Ici sont recensés tous les articles de presse que je publie, ainsi que mon avis sur certains thèmes d'économie. Si vous désirez avoir d'amples informations sur mon parcours professionnel, veuillez consulter mon CV à cette adresse.


Bonne navigation.

Par Ilboudo - Publié dans : Me connaitre
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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 11:15

 

Lire l'article (et ses commentaires) sur lefaso.net

Afrique berceau de l’humanité, Afrique asile du mystique ? La question mérite d’être posée, tant les interprétations hâtives et volontairement surnaturelles de certains phénomènes qui relèvent, à l’évidence (mais pas à l’apparence) de causes naturelles dont la presse fait écho quotidiennement nous interpellent.

 

Mais parce qu’on est en Afrique, pourquoi faire un effort de réflexion, pourquoi perdre son temps à investiguer, et surtout, pourquoi gaspiller nos maigres ressources à investir dans la recherche scientifique alors que la réponse, gratuite, est toute prête : les puissances surnaturelles ? Sous prétexte qu’on est en Afrique, les PME (partisans du moindre effort) croient pouvoir tout ramener à la religion. Si les explications mystiques ont fait loi dans tous les continents à une époque donnée, au XXIe siècle, elles semblent s’être refugiées en Afrique.

N’est ce pas ainsi qu’il convient d’interpréter le reflexe des premiers responsables du groupe scolaire Espoir Tegawendé au secteur 30 de Ouagadougou où une trentaine d’adolescentes se sont évanouies « inexplicablement » le 21 mai dernier ? Cet épisode d’évanouissement nous rappelle d’autres scènes du même genre, à l’exemple de celui au lycée mixte de Gounghin où une cinquantaine de jeunes filles ont connu le même sort le 04 mai 2009.

Comme dans le cas de Gounghin où le proviseur du lycée, Jean Pierre Korsaga, a suggéré de se rabattre à la prière, l’invocation divine a été aussi un réflexe quasi-logique au collège l’Espoir Tegawendé où la fondatrice a sollicité les bons services de deux pasteurs exorcistes. Il faut s’en féliciter, nous avons le don de parvenir à des résultats sans étude préalable ! Quoi de plus normal que de conclure à des puissances maléfiques quand le site sur lequel est bâti le lycée semble être le siège de Satan ! Même les hommes de science restent pantois. Le Dr Jean-Baptiste Ouédraogo, appelé au secours dans le cas de Tégawendé, n’écarte pas l’hypothèse d’une explication d’ordre mystique. « On est en Afrique », confie-t-il.

Cette tendance à attribuer à l’inexpliqué – ou plus justement à l’explication surnaturelle – les phénomènes dont le dénouement ne saute pas aux yeux est loin d’être le propre d’un groupe social dont l’analphabétisme en excuserait le recours. Ironie de l’histoire, Dabaoué Audrianne KAN ne rappelait-il pas le 21 mai courant, dans l’éditorial de l’Express du Faso, comment certains nouveaux directeurs généraux, ministres et directeurs centraux changeaient leur mobilier de bureau par peur d’être « wacké » par leurs prédécesseurs ? La mémoire collective retiendra qu’en juillet 2003, la présidence du Faso a failli tomber (est tombé ?) dans le panneau de l’escroc Moalim Kaboré dans l’affaire des génies du Massili. Nous nous rappelons aussi, comme si c’était hier, la forfaiture du dieu de Gounghin, qui en septembre 2000, prétendait vendre l’immortalité à 10 000 F CFA. Il est vrai que la frontière entre le mystique et le miraculeux est loin d’être claire.

Ne cherchons donc pas à comprendre. « On est Afrique ! ». Sauf qu’en Afrique, nous désirons aussi vivre en bonne santé, nous nourrir convenablement, et être architecte de notre avenir. Or, tout porte à croire que nous refusons – je ne parle pas de tous les Africains, bien entendu -, jusque là, les conclusions qui s’imposent : la science comme voie universelle de développement.

Les lecteurs d’Axelle Kabou savent que le drame de l’Afrique réside justement dans le refus de la science, considérée jusque dans les milieux intellectuels comme la « chose du blanc », et donc contradictoire à notre culture négroïde. La réfutabilité de l’argumentation est loin ce qui nous préoccupe. Qui plus est, la science requiert un effort d’investigation, une persévérance dans le temps, et aussi des moyens financiers conséquents, ce que nous n’avons pas. N’en n’ayons donc cure, puisque nous possédons une richesse inestimable, notre spiritisme, même s’il ne nous mène nulle part ailleurs qu’au… paradis ! Et ce n’est déjà pas rien.

Quelque soit du côté où l’on se place (la tradition avec l’animisme ou la modernité avec les religions dites révélées), notre refus de progrès est manifeste à tous les niveaux. Comme attribut culturel, toute religion est amenée à évoluer et à s’adapter au contexte spatio-temporel. Les peuples qui nous ont évangélisé (Européens, Etats-uniens) ont su relativiser leur religiosité pour accepter une explication rationnelle du monde.

Paradoxalement, l’Afrique est devenue le foyer des réveils évangéliques, avec ses héros délivreurs. Le conjoint, la guérison, le travail, l’argent, bref, tout s’obtient par des impositions de mains. Quand à l’islam, importé du Moyen-Orient, il sert à reconvertir nos devins dans le maraboutage, ou à légitimer la mendicité institutionnalisée de nos enfants (les talibés), alors qu’en Arabie Saoudite, et dans les pays à forte tradition islamique, les gamins ont le droit à une éducation scolaire qui les prépare à une vie professionnelle. Mon propos ne se veut pas polémiste, encore moins accusateur d’une quelconque religion.

Nos Etats fêtent avec faste leur cinquantenaire en 2010. Dans cette pause de rétrospection, je voulais juste suggérer de se demander ce qui nous fait avancer, et ce qui freine, votre bloque notre progrès. La redéfinition des places respectives de la science et de la religion ne peut être étrangère à cette introspection, sous peine d’entamer les prochaines 50 années sans perspectives.

Par Laurent ILBOUDO (Doctorant MATISSE Paris 1) - Publié dans : Avis sur l'actualité
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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 10:58

 

L’ONG ou association est une composante à part entière de l’économie sociale, à côté des coopératives dont le but est la production de biens et services commercialisables et des mutuelles qui ont pour rôle d’assurer une prévoyance et une solidarité entre les membres face aux risques pouvant atteindre la personne humaine.

D’une façon globale, l’ONG regroupe toutes les organisations qui n’appartiennent pas à l’Etat et au privé ; d’une façon restreinte, on y déduit les syndicats, les mutuelles, les regroupements religieux…


La théorie économique jusqu’à une époque récente a opposé deux mécanismes de coordination des plans et unités économiques élémentaires : l’Etat et le marché (C. Ménard, 1995). Le premier, en permettant la confrontation entre l’offre et la demande, fournit un indicateur alternatif de choix sur lequel s’appuie l’agent économique pour prendre une décision. Dans ce cadre, la motivation des agents se confond avec la recherche de l’intérêt individuel. Le second s’appuie sur la présence d’inégalités et d’externalités dans les économies de marché. De nos jours, cette segmentation n’a plus raison d’être car tous les économistes s’accordent à dire que les mécanismes de coordination de l’économie ne peuvent relever du pouvoir d’un seul acteur : Etat et marché contribuent à la régulation économique.

Mais voici qu’un autre acteur est en train d’émerger, qui n’est ni l’Etat, ni le marché. Critiquant la façon dont les Etats ont canalisé et utilisé les fonds au profit de grands projets mal adaptés aux demandes des sociétés locales, certaines OING ont en effet construit un discours de la distinction, dans lequel elles opposent leurs modes de faire au bureaucratisme des administrations publiques centralisées[1].

Pour être largement fondée, cette seule critique ne qualifie pas, d’emblée, les ONG, au demeurant très diverses. En outre, les oppositions sont aujourd’hui moins limpides, tant en raison de la diffusion d’un certain nombre de principes (partenariat, réciprocité, participation de la société civile…) dans l’ensemble des milieux de la coopération que de l’unanimité autour des secteurs privilégiés de l’aide (démocratisation, décentralisation, lutte contre la pauvreté, soutien à l’économie populaire, protection de l’environnement…), qui contribue à une « dépolitisation » des questions de développement[2]. Également ambiguë est enfin «l’exaltation consensuelle de la société civile dans les politiques de coopération[3] », notamment lorsqu’elle accompagne la critique néolibérale de l’État centralisateur.

Sans tergiverser, puisque ce n'est pas l'objet de l'article, passons à ce qui nous occupe: qu''est ce qu'une ONG?

 


[1] Sylvy Jaglin, Des ONG dans les villes africaines : le « partenariat », un outil d’autoreproduction ? Université Marne-la-Vallée,  2007

[2] M. Lévy, « Comment renouveler les politiques de «coopération au développement» ? », Esprit, n° 6, juin 2000, pp.79-100

[3] A. Morvan, « Les ambivalences du recours au milieu associatif », Esprit, n° 6, juin 2000, pp.146-153

 

ONG : une définition par la négation

Le terme « ONG » recouvre, dans le langage et l’imaginaire communs, toutes les catégories d’organisations, de mouvements  et d’associations  sans but  lucratif,  indépendantes  d’un  gouvernement  et  travaillant  pour l’intérêt général, le bien commun.

Comme l’a remarqué Fatima Zohra AZIZI[1], la définition du concept d’ONG est purement négative : elle n’appartient pas aux structures de l’Etat, et est autonome  vis-à-vis des gouvernements.

On entend généralement par ONG « tout groupement, association ou mouvement constitué de façon durable (…) par des particuliers en vue de la poursuite d’objectifs sans but lucratif ou encore toute association à caractère économique et socio-culturel pour contribuer soit directement, soit indirectement à l’amélioration des conditions de vie des communautés villageoises ou urbaines, dans un but non lucratif[2] ».

Cette approche des ONG a le mérite de cerner globalement le secteur, sans le restreindre à une certaine typologie d’ONG. Elle montre par ailleurs que l’ONG est une structure durable à la différence des structures ad hoc de prestations de services.

Elle ne délimite pas non plus le champ géographique des ONG comme la conception de l’article 2 du projet de convention de l’institut de droit international de 1950 qui définit les ONG comme étant « des groupements de personnes et de collectivités, librement créés par l’initiative privée qui exercent, sans esprit de lucre, une activité internationale d’intérêt général en dehors de toute préoccupation d’ordre exclusivement national [3]».

Quand bien même qu’il est extrêmement difficile de trouver une définition consensuelle de la notion d’ONG, il n’en demeure pas moins que toute ONG possède des caractéristiques et philosophies qui lui sont intrinsèques.

 

Caractéristiques communes des ONG

Toutes les ONG, quelque soit leur typologie, partagent les traits caractéristiques suivants :

-       Elles sont autonomes vis-à-vis des gouvernements et ont leur origine dans la société civile. Les ONG forment un « espace d’acteurs socialement diversifiés, agissant dans le champ du développement, en dehors des structures de l’Etat[4] ». Toutefois, elles agissent en étroite collaboration avec les structures étatiques, de qui elles reçoivent souvent des subventions ;

-       Elles sont destinées à appuyer des actions en dehors de leur propre organisation, par un apport financier, une expertise, l’information, la formation, le montage de projets AGR…Comme le fait remarquer Monsieur Ahmed Ait Haddout[5], il existe deux catégories d’organisations dans l’économie sociale : d’une part celles qui s’apparentent aux abeilles et qui travaillent pour soi et pour les autres, et d’autre part celles qui s’apparentent aux fourmis et qui travaillent exclusivement pour soi (les mutuelles, les syndicats). Selon cette classification, les ONG appartiendraient au premier groupe.

Cette caractérisation ne doit cependant pas conduire à une assimilation des ONG à travers tous les pays. En effet, chaque législation nationale donne un contenu spécifique au terme d’ONG, association, ou ASI qui lui est propre.

 

Le concept d’ONG à travers l’espace

D’après le Président du centre européen d’aide à la vie associative, chaque pays, à l’heure, possède sa propre législation sur les associations, les fondations. Il n’est donc pas aisé, poursuit-il, pour une ONG de travailler dans un autre pays que celui de son siège.

Si les droits belge, italien, français et espagnol « retiennent comme seul critère principal la distribution ou l’interdiction de la distribution des bénéfices entre les membres du groupement [association], précise Fatima Zohra AZIZI[6] le droit allemand en revanche ne prend qu’accessoirement en considération cet élément finaliste ». Et R. Nourisson[7] de poursuivre que le législateur allemand « se borne à établir quelques statuts juridiques polyvalents, et abandonne aux créateurs de corporation le choix de celui qui convient le mieux à la réalisation de leur objectif ».

H. Battifol[8] qui s’est penché sur le cas britannique affirme que « certaines associations de ce pays relèvent de règlements particuliers, d’autres empruntent aux sociétés leur statut, notamment celui des compagnies ; d’autres encore ont recours à l’institution typiquement britannique du truster ».

Au Maroc, l’évolution du secteur des ONG a été plus rapide que la réforme des textes juridiques. De l’avis des responsables associatifs, les textes qui régissent le secteur associatif n’a pas suffisamment évolué au regard du dynamisme que connait le mouvement social. Nous y reviendrons dans notre suivant paragraphe.

Encadré : conflit conceptuel de la langue arabe : ONG ou association ?

Il convient de s’interroger sur les termes utilisés pour désigner les associations et les ONG. Pour ce faire, nous nous baserons sur l’expérience égyptienne qui semble pouvoir être reproduite par les autres pays du fait notamment de la centralité politique de ce pays.

Les deux termes jam’iyya (association) et munadhama gbîr bukûmiyya (ONG) sont aujourd’hui utilisés de manière indifférenciée dans la presse égyptienne et plus généralement dans les discours de l’élite sociale, intellectuelle et politique.

Avant la montée en puissance du phénomène ONG, le terme utilisé était jam’iyya, dont la racine est assez similaire de celle du terme français association. jam’iyya signifie mettre ensemble, rassembler […].

Pour la France, le terme ONG semble réservé à ces organisations des pays du Nord qui interviennent dans les pays du Sud ; dans les pays arabes, les ONG ont été assimilées aux organisations connues depuis au moins la fin du XIX e siècle : al-jam’iyya al-abliyya ou associations civiles et jam’iyya kbayriyya ou associations de bienfaisance. Or cette réalité n’est pas connue en dehors du monde arabe et rares sont les travaux qui la mentionnent. De manière générale, on pense en occident que les ONG existant dans les pays en voie de développement sont des « dépendances » des ONG des pays du Nord, ou alors qu’elles sont de création récente liée à la modernisation, à la globalisation et aux mesures de bonne gouvernance qui rehaussent le statut de l’ONG, afin qu’elle devienne un acteur à part entière de la conduite du développement au même titre que les Etats et le secteur privé […]

Aujourd’hui, l’ONG est devenue une catégorie propre aux pays du Sud ou aux pays en voie de développement dans le cadre de la remise en cause du rôle des Etats, voire du discrédit qui les affecte.

L’assimilation récente entre les termes ONG et association dans les pays arabes, si elle est parfaitement compréhensible pour les raisons qui viennent d’être avancées, peut être toutefois source de malentendus. En effet l’expression ONG renvoie de manière négative au phénomène politique […]. Tel n’est pas le cas de l’expression al-jam’iyya qui renvoie plutôt à ces groupements collectifs et organisations de citoyens (abl signifie plutôt les habitants d’un quartier, d’un village ou d’une ville et pourrait être traduit par les autochtones) qui se rassemblent sur la base de leurs propres moyens et initiatives pour accomplir une mission qui les concernent collectivement.

Par conséquent, le terme arabe jam’iyya ne semble pas être pensé dans un rapport quelconque avec le « gouvernement » ou le « politique » […].

Sarah Ben Néfissa, pouvoirs et ONG dans le monde arabe, CNRS éditions, Paris 2002, pp. 12-13

 


[1] Fatima Zohra AZIZI, « ONG comme outil de renforcement du développement économique et social. Cas du Maroc », thèse de doctorat Es-sciences Economiques, Université Mohammed V Agdal, juillet 2006

[2] Fatima Zohra AZIZI, ­2006, op.cit

[3] Bettali Mario et Dupuy Pierre Marie : les ONG et le droit international

[4] Fatima Zohra AZIZI, 2006, op.cit

[5] Ahmed Ait Haddout est le Président de l’Association Marocaine d’Appui et de Promotion à la Petite et moyenne Entreprise (AMAPPE). Il est par ailleurs professeur contractuel aux deux facultés de sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Mohammed V Souissi (Rabat et Salé)

[6] Fatima Zohra AZIZI, op.cit

[7] R. Nourisson, « l’histoire de liberté d’association »

[8] H. Battifol, « assocations et fondateurs »

 

Par Laurent ILBOUDO (Doctorant MATISSE Paris 1) - Publié dans : Recherches en cours
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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 10:57

 

L’économie sociale ne s’oppose pas à l’économie asociale comme le terme pourrait le faire croire ! C’est un ensemble d’initiatives économiques et d’entreprises privées dont la finalité est sociale en opposition à l’Etat (qui est public) et au secteur privé (dont l’objectif est le lucre).


L’économie sociale

De manière significative, l’étude des ONG et des secteurs associatifs se fait dans le cadre d’une discipline récente relativement marginale : l’économie sociale (cf. Sarah Néfissa, 2002). Selon les pays et les spécialistes, d’autres expressions similaires sont utilisées : « secteur sans but lucratif » ou « secteur non lucratif ». On, rencontre dans d’autres contrées les dénominations de tiers secteur ou troisième secteur (traduction de l’américain « third sector »), volontary sector qui semble propre à la tradition britannique. Il existe donc une imprécision du vocabulaire qu’il importe de clarifier.

La définition du secteur sans but lucratif retenue par le programme de comparaison internationale retient cinq critères principaux et deux restrictions[1] :

-       le secteur sans but lucratif est ainsi défini comme l’ensemble des organisations qui sont simultanément formelles, c’est-à-dire déclarées et institutionnalisées ;

-       privées, c'est-à-dire distinctes de l’Etat et des collectivités territoriales ;

-       indépendantes, c'est-à-dire qu’elles doivent avoir leurs propres règles de direction et instances de décision avec notamment l’existence d’un budget propre ;

-       elles ne doivent pas distribuer de profit à leurs membres et quand elles réalisent du profit, il doit être réinvesti pour servir l’objet social et enfin, elles doivent comporter un certain niveau de participation volontaire ou de bénévolat même si cela se limite aux membres du conseil d’administration.

Les deux autres critères restrictifs sont le fait de ne pas être religieuses et politiques de manière directe.

Composantes de l’économie sociale

Les composantes de ce secteur sont les suivantes :

-       les coopératives :  une coopérative est une association autonome de personnes volontaires réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété et le pouvoir sont exercés démocratiquement[ (définition de l'Alliance Coopérative Internationale (ACI)

-       les mutuelles: « groupements à but non lucratif qui, au moyen de cotisations de leurs membres, se proposent de mener dans l’intérêt de ceux-ci ou de leur famille, une action de prévoyance, de solidarité et d’entraide tendant à la couverture des risques pouvant atteindre la personne humaine » (définition officielle marocaine. Cf. loi du 29 novembre 1963 fixant le statut général de la mutualité)

-       les associations (dont les ONG et les fondations). Elles sont régies au Maroc par le dahir du 15 novembre 1958 qui s’inscrit dans le cadre du code des libertés publiques, dahir qui les définit comme « une convention par laquelle deux ou trous personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou activités dans un but autre que de partager les bénéfices ».

-       et dans une moindre mesure les syndicats.

 


[1] Sarah Ben Néfissa, pouvoirs et associations dans le monde arabe, CNRS édition, Paris, 2002

[2] Ahmed Ait Haddout, Mohammed Jaouad, « l’économie sociale au Maroc : approche méthodologique et acteurs en présence »,  in Driss Krouz, 2003

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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 10:55

 

Quand on parle d’ONG de développement, un terme capital retient l’attention : développement. Terme plutôt vague dans les définitions proposées sur le plan international, mais très précise dans l’imaginaire du citoyen : se nourrir, se soigner, se loger, s’éduquer, entreprendre (ou tout au moins avoir un travail décent)...mais aussi : s’exprimer librement, défendre ses droits, participer à la construction de son pays…

Dans cette conception large, toutes les ONG seraient des « ONG de développement », puisque chacune contribue à sa façon au mieux être de la population.  Les OING de développement se distinguent pourtant nettement des organisations d’urgence (aide alimentaire ou matériel lors des catastrophes), et des structures revendicatives (droits de l’homme, droits de l’enfant…). Elles sont constitutives d’une catégorie institutionnelle sui generiset différente des bureaucraties de développement.

Une OING de développement est tout d’abord une OING, en ce sens qu’elle partage les mêmes caractéristiques que les autres OING, et est soumise au même cadre juridique.

La spécificité des OING de développement tient à leur activité.  Selon Fatima Zohra, elles ont pour objectif de renforcer la capacité d’action des structures locales afin de les rendre autonomes à long terme. La question qui se pose avec cette assertion est qu’elle ne définit pas le type d’activité de renforcement dont il s’agit : est-ce un renforcement institutionnel ? Financier ou matériel ? Quand elle parle de structures locales, fait-elle allusion aux collectivités locales, aux populations défavorisées ?

Pour Alain Piveteau, la spécificité des ONG de développement est d’être des organisations “médiatrices”. L’objectif principal est la redistribution philanthropique des ressources essentiellement privées en faveur du développement.

Pour notre part, nous distinguons les OING de développement par rapport aux autres types par :

-       la nature des activités qu’elles mènent. Le travail des OING de développement dans les pays en voie de développement peut concerner des activités aussi variées que les suivantes :

 

  • Financer des organisations et des projets de développement ;
  • Fournir une assistance technique, en formation, en équipement, en matériel spécialisé ;
  • Réaliser des projets ou des parties de projets eux-mêmes ;
  • Fournir un service complet et suivi ;

 

-       Leur implication dans les projets : tandis que les autres ONG d’appui institutionnel se contentent de sensibilisation au développement et de soutien financier, les ONG de développement interviennent sur le terrain par le biais de leurs membres. Elles supportent le projet, et en font siennes.

Comme nous l’avons signalé au début de cette analyse, les frontières ne sont pas étanches entre les divers intervenants associatifs. On constate de plus en plus l’atténuation de la distinction entre les ONG qui s’occupent de l’urgence et celles s’occupant de développement, ainsi que leur nouvel intérêt pour la promotion des droits et une nouvelle méthode de travail qui cherche à peser sur les choix politiques et sociaux avec un travail de “lobbying”.

 


 

Références (ordre d'apparition)

Fatima Zohra AZIZI, « ONG comme outil de renforcement du développement économique et social. Cas du Maroc », thèse de doctorat Es-sciences Economiques, Université Mohammed V Agdal, juillet 2006

A. Piveteau, « Pour une analyse économique des ONG », in J.-P. Deler et al. (dir.), ONG et développement : société, économie, politique, Karthala, 1998

Par Laurent ILBOUDO (Doctorant MATISSE Paris 1) - Publié dans : Recherches en cours
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